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    <title>Grand livre pour jeunes gens seuls</title>
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        <p>Laissez tout en plan et filez à la librairie la plus proche: Lonely City, d’Olivia Laing, est enfin traduit en français.</p>
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            <b><i>LONELY CITY: AVENTURES DANS L’ART DE LA SOLITUDE</i>, d’Olivia Laing</b>
          </p>
          <p>Gallimard</p>
          <p><b>MYSTÈRE INSONDABLE</b> du monde de l’édition: alors que, ces derniĂšres annĂ©es, des personnes aussi majeures et anglophones que Sarah Schulman, Janet Malcolm, Eileen Myles ou Deborah Levy Ă©taient traduites ou retraduites en français, Olivia Laing restait inexplicablement Ă  quai, rĂ©servĂ©e aux seul(e)s <i>fluent</i>. Rageant, s’agissant de quelqu’un qui a consacrĂ© un livre entier Ă  la riviĂšre dans laquelle se noya Virginia Woolf, un autre Ă  l’alcoolisme des grands Ă©crivains amĂ©ricains du siĂšcle dernier –Carver, Hemingway, Cheever
– et encore un autre aux tournages conjoints des films <i>SalĂČ</i> (Pier Paolo Pasolini) et <i>Casanova</i> (Federico Fellini). Mais rangeons ici notre petite colĂšre: Olivia Laing nous est dĂ©sormais disponible, et pas avec n’importe lequel de ses livres, mais avec le plus beau d’entre eux, <i>Lonely City</i>, publiĂ© pour la premiĂšre fois il y a dix ans et que Gallimard nous offre dĂ©sormais en guise d’apĂ©ritif Ă  sa nouvelle collection de non‑fiction (qui n’en a pas?), Hors‑Fiction.</p>
          <p>Si vous avez pris votre frisson rĂ©cemment en lisant Geoff Dyer (britannique comme Laing) ou Maggie Nelson, alors <i>Lonely City</i> est pour vous. Sorte d’hybride entre l’essai sur l’art, l’autobiographie et le rĂ©cit de voyage, rĂ©digĂ© avec des phrases d’une Ă©lĂ©gance telle qu’on a d’un coup l’impression de peser dix kilos de moins en le lisant, <i>Lonely City</i> raconte l’histoire d’Olivia Laing seul(e) (iel est non‑binaire) et triste Ă  mourir dans New York, oĂč l’attendait un amour qui s’est dĂ©robĂ©. Que faire? L’auteur(ice) dĂ©cide d’enquĂȘter sur des artistes qui, eux aussi, traversĂšrent la grande ville amĂ©ricaine malade dans la solitude la plus complĂšte et/ou en firent le centre de leurs Ɠuvres. Pas de timiditĂ© Ă  avoir, il s’agit de personnages aussi connus qu’Edward Hopper –qui avait l’air d’un bien sale type–, Andy Warhol ou Henry Darger. Les pages les plus bouleversantes restent toutefois celles consacrĂ©es Ă  David Wojnarowicz, artiste Ă  l’enfance fracassĂ©e et mort du sida en 1992, Ă  l’ñge de 37 ans. À travers son triste destin, c’est tout le combat d’ACT UP qu’Olivia Laing fait resurgir, en mĂȘme temps qu’elle pose les questions que toute personne poussĂ©e dans la marginalitĂ© a dĂ©jĂ  dĂ» affronter le soir, dans le noir, en regardant le plafond: qu’est‑ce qu’ĂȘtre seul(e) signifie vraiment? Qu’est‑ce que la vie quand on n’a personne avec qui la partager? Comment, <i>in fine</i>, s’y prend‑on pour interagir quand mĂȘme? Si on Ă©tait adeptes des listes, on dirait “livre de l’annĂ©e”. MĂȘme si on n’a pas encore dĂ©passĂ© les six premiers mois.</p>
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