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    <title>Connie Converse</title>
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        <p>Un nom génial, des chansons touchantes, un destin tragique</p>
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          <p>
            <b>
              <i>HOW SAD, HOW LOVELY</i>
            </b>
          </p>
          <p>Third Man Records</p>
          <p>
            <b><i>TO ANYONE WHO EVER ASKS: THE LIFE, MUSIC, AND MYSTERY OF CONNIE CONVERSE</i>, de Howard Fishman</b>
          </p>
          <p>Wildfire, non traduit</p>
          <p><b>ON ENTEND D’ABORD LE SOUFFLE</b> de l’enregistrement, que l’on devine vieux de plusieurs décennies et capté avec les moyens du bord. Puis une voix de jeune femme surgit, portée par des notes de guitare bringuebalantes, pour fredonner ceci: <i>“Nous marchons dans le noir / Nous sortons nous promener la nuit / Et ce n’est pas comme les amoureux qui vont deux par deux, d’un côté à l’autre / Mais c’est un par un / Un par un dans le noir.”</i> Durant les deux minutes et quatre secondes que dure <i>One by One</i>, une chanson écrite par Connie Converse au milieu des années 1950, il n’y a pas grand-chose de joyeux. Mais on y trouve ce que les meilleures chansons savent faire: dire en quelques notes et une poignée de mots un sentiment complexe –ici, l’aliénation et l’isolement ressentis par une femme de 30 ans. C’est largement suffisant pour clouer sur place un auditeur du xxi<sup>e</sup> siècle. C’est d’ailleurs exactement ce qui est arrivé à Dan Dzula, un dimanche de 2004, sur une route du New Jersey. Cet étudiant de 20 ans écoute une émission de radio dans laquelle l’invité du jour, Gene Deitch, figure de l’animation américaine et ingénieur du son amateur à ses heures perdues, diffuse un enregistrement inédit, réalisé chez lui en 1954. Le morceau s’appelle <i>One by One</i>. La chanteuse est une parfaite inconnue dont le nom est tombé dans les oubliettes de l’histoire de la musique populaire. Dan Dzula gare aussitôt sa voiture sur le bas-côté, subjugué. Il griffonne le nom de Converse au dos de sa carte grise, reprend la route, et réussit cinq ans plus tard, au terme de nombreux efforts, à faire paraître pour la toute première fois une compilation de ses meilleurs morceaux, intitulée <i>How Sad, How Lovely</i>. “Triste” et “charmant”, deux mots qui reflètent assez bien la vie et l’œuvre de Connie Converse. <i>Songwriter</i> solitaire, elle composait dans son coin des titres introspectifs, tantôt empreints de chagrin, tantôt traversés d’une légère drôlerie, sans jamais connaître le succès, sans voir aucun de ses morceaux commercialisés, sans même donner le moindre concert digne de ce nom. Une histoire de rendez-vous manqués, que la dame a conclue de manière spectaculaire: en se volatilisant purement et simplement, un jour de 1974, sans laisser de trace. De quoi alimenter une sorte de culte depuis la fin des années 2000 et la parution de <i>How Sad, How Lovely</i>. Il y a quelques semaines, une réédition de l’album par Third Man Records, un label bien plus installé que celui d’origine, n’a fait que renforcer l’engouement croissant autour de l’énigme.</p>
          <h3>Sad girl originelle</h3>
          <p>Dans <i>To Anyone Who Ever Asks</i> (non traduit), l’ouvrage qu’il lui a consacré, Howard Fishman ironise en présentant Connie Converse comme “la <i>sad girl</i> originelle”, des lustres avant Billie Eilish ou Lana Del Rey. Son récit se déploie à la fois comme une biographie classique, une analyse musicologique et une enquête quasi policière sur les traces de la chanteuse. On remonte à son enfance, dans les années 1920, à Concord, une petite ville du New Hampshire ancrée dans un pays rural et conservateur. Elizabeth Eaton Converse y brille par ses capacités intellectuelles, puis file à l’université. Mais au bout de deux ans, elle lâche tout pour débarquer à New York, des rêves plein la tête. Elle veut devenir romancière. Elle sait aussi penser dans un cadre universitaire, dessiner, écrire des chansons. Au début des années 1950, c’est vers ce dernier art qu’elle se tourne. Depuis son petit appartement de Greenwich Village, elle s’enregistre sur un magnétophone à bande Crestwood 404. Devenue Connie Converse, elle se fait repérer par un cercle d’esthètes, dont Gene Deitch, et joue pour eux dans les salons. Ces habitants de Manhattan sont happés par ses compositions intimistes, par sa manière de raconter sa difficulté persistante à trouver l’âme sœur, par sa détermination à ne jamais transiger, dans son art comme dans la vie. Son attitude semble signifier au reste du monde que personne ne saurait lui dicter sa conduite. Lors de ces soirées, elle reste le plus souvent silencieuse, répondant avec embarras aux questions de ses hôtes. Sur scène comme à la ville, elle conserve sa coupe de bibliothécaire et ses lunettes studieuses. <i>“Sa musique n’était pas punk rock, mais son attitude, elle, l’était”</i>, résume Howard Fishman. L’industrie musicale semble déroutée. Une femme qui écrit et chante ses chansons, ça ne court alors pas les rues. Et puis sa musique, singulière, résiste à toute catégorisation. La suite se joue sur un mauvais tempo. Grâce au bouche-à-oreille, Converse se retrouve invitée à la télévision alors même qu’elle n’a jamais rien fait paraître, mais cela ne suscite aucune réaction. Plus tard, une connaissance réussit à la faire enregistrer dans un studio professionnel, mais ledit studio égare la bande originale de la session. Nouveau coup du sort: elle choisit de déménager de Greenwich Village à l’été 1955, juste avant qu’explose la scène folk locale, un milieu où sa musique aurait certainement trouvé sa place. Et, ironie suprême, elle finit par quitter New York en 1961, à 35 ans, dans l’indifférence générale, le mois même où un certain Bob Dylan débarque en ville avec ses chansons personnelles et sa voix nasillarde qui transformeront à jamais la figure du <i>songwriter</i>.</p>
          <p>Et ensuite? Installée dans la ville de Ann Arbor, près de Detroit, où vit l’un de ses frères, Elizabeth Eaton Converse délaisse la composition et s’implique à corps perdu dans une revue académique de premier plan, <i>The Journal of Conflict Resolution</i>. Elle milite pour les droits civiques et le pacifisme, et s’attelle même à une étude aussi singulière que son œuvre: une analyse statistique de mille mélodies. Mais le mal-être existentiel qui l’a suivie toute sa vie finit par la rattraper. Au début des années 1970, la dépression s’installe, l’alcool s’ajoute au tableau, le travail devient de plus en plus difficile. Un séjour de six mois à Londres n’y fait rien. Un jour de l’été 1974, Converse monte dans sa Coccinelle Volkswagen, une guitare et quelques affaires à bord, et quitte Ann Arbor pour ne plus jamais revenir. Ses proches recevront peu après d’étranges courriers dans lesquels la quinquagénaire explique, en termes ambigus, qu’elle envisage une nouvelle vie ailleurs. Plus personne ne la reverra jamais. Ni sa voiture ni aucune trace d’elle ne seront jamais retrouvées. Que s’est-il passé? A-t-elle refait surface quelque part, loin de tout ce qu’elle connaissait? S’est-elle donné la mort, peu après sa disparition ou bien des années plus tard? Le mystère demeure entier. Dans l’armoire d’affaires personnelles qu’elle a laissée derrière elle, une lettre d’adieu tapée à la machine dit sans doute l’essentiel: “La société humaine me fascine, m’impressionne et me remplit à la fois de tristesse et de joie, mais je n’arrive tout simplement pas à y trouver ma place.”</p>
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