<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<entity xmlns="http://xmlschema.immanens.com/validateSchema/ImmXML/3.6.4" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://xmlschema.immanens.com/validateSchema/ImmXML/3.6.4 http://xmlschema.immanens.com/validateSchema/ImmXML/3.6.4/entity.xsd">
<pp_metadata>
<IDAX>WjFmM0FJM1p3dWJxQ0hQOWdDTFptSDlwTEg5aEtpYzFqVy9kK1NuTy9CV2EzL0lTdlJqWXBRT2VUMmhSZ2xOTTo6thgREH+6lcxQgETjF9s1Og==</IDAX>
<PV_LINK/>
<PDF_pages>
<page>H_SOCIETY_20260507_00280_O</page>
</PDF_pages>
<SEAL>cDBydGJpNitCclZvdUtTMVIxUGl6UGFNM3ZIQmxwR3Q0bVpTdWZXTHUzYz06OnekOt0Uj8rpMQqaSmrlR94=</SEAL>
</pp_metadata>
<entityMetadata>
<identifier>1610909</identifier>
<title>BISONS MURÉS</title>
<section>SOCIETY</section>
<subSection/>
<type>story</type>
<characterCount>9594</characterCount>
<wordCount>1478</wordCount>
</entityMetadata>
<issueMetadata>
<zoning>true</zoning>
<identifier/>
<publicationDate/>
<title/>
<publisher/>
<posix/>
<creator/>
<contributor/>
<language/>
<subject/>
<description/>
<genre/>
<type/>
<coverage/>
</issueMetadata>
<item>
<itemMetadata>
<identifier>1610909_k1</identifier>
<title>BISONS MURÉS</title>
<toptitle/>
<header>
<p>S’il est un animal qui connaît la folie des hommes, c’est bien le bison. Exterminé tout au long de la conquête de l’Ouest aux États-Unis, le voici malmené au cœur de l’Europe, dans la forêt de Białowieża, entre la Pologne et la Biélorussie, où une frontière de plus en plus militarisée impacte ses conditions de vie.</p>
</header>
<publisher>SOCIETY</publisher>
<creator>NIKOLA BUDZIŃSKA, MATHILDE DOIEZIE ET NASTA ZAKHAREVICH</creator>
<contributor/>
<language/>
<subject/>
<genre/>
<type>text</type>
<category/>
<relation>
<isParentOf>1610909_k2:1610909_k3:1610909_k4</isParentOf>
<isChildOf/>
</relation>
</itemMetadata>
<channel>
<content>
<text/>
<body>
<p>
<a class="anchored-item image" href="#1610909_k2"/>
</p>
<p>Cela ressemble à un conte sans fées. À la lisière de l’Europe vivait autrefois un bison, dans la grande forêt de Białowieża, connue pour être l’une des dernières forêts primaires d’Europe –voire la dernière, selon les points de vue scientifiques. Il s’y pavanait en tant qu’animal totem des lieux. Certes, ces bois appartenaient à deux pays sans roi –la Pologne et la Biélorussie–, mais notre bison s’en moquait bien: il n’avait pas besoin de passeport pour la traverser. Il pouvait respirer l’air biélorusse et, juste après, aller brouter l’herbe polonaise. Ô que ces temps étaient agréables! Jusqu’à ce que les humains et leurs gouvernements sèment le chaos dans la région. Aujourd’hui, ce bison est piégé entre deux démarcations d’une même frontière, par un mur, une clôture et une crise migratoire. Et personne ne semble se soucier de lui.</p>
<p>Bien entendu, ce qui précède n’est pas un conte, mais une histoire réelle du temps présent. Réintroduit en Europe dans les années 1950 après avoir été décimé à l’état sauvage durant les décennies précédentes, le bison, plus grand mammifère terrestre du continent, a longtemps été considéré comme un trophée de choix par les élites russes, notamment les tsars. Il avait réussi à faire un spectaculaire retour dans les bois de Białowieża, au point qu’aujourd’hui environ 1 600 spécimens vivent dans la forêt. Suffisant pour que l’espèce, autrefois qualifiée de “vulnérable” par la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), soit jugée “quasi menacée”, une catégorie moins inquiétante, depuis 2020. Mais voilà qu’un nouveau péril la guette. En 2015, une équipe de scientifiques de l’Institut de recherche sur les mammifères de l’Académie polonaise des sciences s’est en effet rendu compte que les bisons implantés dans la partie polonaise de Białowieża évoluaient différemment de ceux installés du côté biélorusse –la fin de la Seconde Guerre mondiale ayant acté le partage de la forêt entre la République populaire de Pologne et la République socialiste soviétique de Biélorussie, membre de l’URSS. <i>“Au cours du processus de réintroduction, les responsables ont essayé d’exploiter tout le patrimoine possible des bisons encore vivants en Europe</i>, explique Małgorzata Tokarska, l’une de ces scientifiques<i>. Deux lignées génétiques sont alors apparues: le bison des plaines et le bison des plaines‑caucasien. Ce dernier portait des gènes provenant d’un descendant d’un bison du Caucase –une espèce éteinte qui vivait au zoo de Berlin</i>. <i>Le programme a séparé les deux lignées afin qu’elles ne se mélangent pas. Celle des bisons des plaines‑caucasiens, la lignée hybride, a été transférée dans l’actuelle Biélorussie, tandis que la lignée ‘pure’ des bisons des plaines a été conservée dans la partie polonaise de la forêt.”</i></p>
<h3>
<b>Le grand piège</b>
</h3>
<p>Un autre aspect de la génétique des bisons de Białowieża intrigue, en particulier chez ceux vivant du côté polonais: leur ADN est très peu diversifié. <i>“Ils sont consanguins à environ 80%. Cela signifie qu’environ 80% de l’ensemble des gènes sont identiques chez chaque individu par filiation”</i>, explique Małgorzata Tokarska. Le nombre restreint d’animaux réintroduits à l’origine explique en partie ce phénomène. Mais ce qui continue d’empêcher les gènes de se diversifier, affirment les spécialistes, c’est la difficulté de plus en plus grande qu’ont eue les troupeaux à se rencontrer au cours des quatre dernières décennies. Jusqu’en 1981, ils pouvaient encore se déplacer librement dans toute la forêt, car la frontière n’était pas matérialisée. Mais cette année‑là marque un tournant: au plus fort de la résistance au pouvoir soviétique en Pologne, avec des manifestations de masse contre le régime communiste, la République socialiste soviétique de Biélorussie installe le long de sa frontière occidentale une clôture de barbelés d’environ deux mètres de haut, nommée “Sistema”. <i>“C’est devenu une barrière pour les bisons, et probablement aussi pour les élans et les cerfs, alors que certains carnivores de taille moyenne, tels que les loups et les lynx, parvenaient encore à la franchir”</i>, détaille Rafał Kowalczyk, également professeur à l’Institut de recherche sur les mammifères de l’Académie polonaise des sciences. Depuis, deux populations de bisons sont donc officiellement séparées par les barbelés –l’une en Pologne, l’autre en Biélorussie–, et ne peuvent plus se rencontrer. Pour l’instant, le nombre total de spécimens continue de croître, malgré leur faible diversité génétique. Mais celle‑ci pourrait poser un problème majeur un jour. <i>“Notamment si un événement particulièrement agressif se produisait dans les environs, dû par exemple à un virus, une bactérie ou un parasite.”</i> Ces animaux étant comme des clones, <i>“ils pourraient tous être menacés en même temps”</i>, précise Małgorzata Tokarska.</p>
<p>Malgré l’indépendance de la Biélorussie, déclarée en 1991, le Sistema est toujours en place. Il y a quelques années, des scientifiques polonais et biélorusses ont entamé des discussions sur la possibilité d’ouvrir cette barrière pour diversifier le patrimoine génétique des bisons. Mais ces échanges sont aujourd’hui définitivement clos. Car depuis 2020, les tensions entre la Pologne et la Biélorussie sont exacerbées. Cette année‑là, Alexandre Loukachenko déclare avoir remporté l’élection présidentielle en Biélorussie, et entame donc son sixième mandat depuis 1994. Les nombreuses allégations de fraudes et les attaques contre ses adversaires déclenchent d’importantes manifestations, violemment réprimées. L’Union européenne adopte alors des sanctions contre le pays. En réponse, celui‑ci décide de laisser entrer sur son territoire des personnes cherchant à fuir le leur, comme l’Irak ou l’Afghanistan, afin de leur permettre de tenter de pénétrer dans l’UE, entre autres par la forêt de Białowieża. Par un effet de ricochet, le gouvernement polonais commence, en janvier 2022, à construire, le long de la frontière, un mur d’acier de 5,5 mètres de haut qui s’étend sur plus de 186 kilomètres. Dès lors, la forêt primaire est défigurée en son cœur par une véritable frontière militarisée. Avec des garde‑frontières, des soldats, des chars, des camions, de nouvelles routes... Une réalité de plus en plus tangible alors que, depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Pologne se sent menacée en tant que pays situé sur le flanc oriental de l’OTAN et de l’Union européenne. Ce qui altère la vie sur place. <i>“Aujourd’hui, les animaux, dont les bisons, sont repoussés hors de la zone frontalière. Le bruit, la lumière, les pollutions influencent leur répartition, leur activité, etc.”</i> explique Rafał Kowalczyk. Une situation qui l’inquiète encore plus que <i>“les questions génétiques”</i>. Officiellement, le mur polonais comporte 24 portes permettant aux grands animaux de circuler. Mais en raison de cette <i>“guerre hybride”</i>, tous les experts interrogés disent que ces passages ne sont jamais ouverts. <i>“Les garde‑frontières affirment qu’aucun animal n’a été vu en train d’attendre pour traverser. C’est absurde. Ces portes devraient rester ouvertes pendant des jours, voire des semaines, afin que les animaux puissent les trouver et entrer en Pologne”</i>, grogne Rafał Kowalczyk. En conséquence, <i>“les bisons –et probablement d’autres grands mammifères– se retrouvent piégés entre la barrière frontalière polonaise et le Sistema biélorusse</i> (soit dans un espace de 40 kilomètres carrés, le Sistema étant installé à une distance d’environ deux kilomètres de la frontière réelle du côté biélorusse, ndlr)<i>”</i>, explique sa collègue Katarzyna Nowak, qui étudie les conséquences de la militarisation de la forêt. Le nombre exact de spécimens concernés est impossible à évaluer. Mais en août dernier, elle a observé et pris en photo l’un de ces bisons. <i>“C’était un mâle qui se tenait juste derrière la barrière polonaise, regardant vers l’ouest”</i>, décrit‑elle. Lui aussi voulait entrer dans l’UE.</p>
<blockquote>Il y a quelques années, des scientifiques polonais et biélorusses ont entamé des discussions sur la possibilité d’ouvrir la frontière pour diversifier le patrimoine génétique des bisons. Mais ces échanges sont aujourd’hui clos</blockquote>
<p>Cette situation ubuesque rappelle à Rafał Kowalczyk une étude publiée en 2011. À l’époque, lui et ses collègues décrivaient le bison comme une “espèce réfugiée”, c’est‑à‑dire une espèce “gérée dans des habitats non optimaux”. <i>“Nous pensons que le bison n’est pas une espèce forestière, car de plus en plus d’éléments indiquent qu’il est censé vivre en milieu ouvert. C’est la pression humaine qui l’a contraint à considérer la forêt comme une sorte d’habitat refuge”</i>, explicite celui qui, avec sa femme et quelques voisins, est aussi impliqué dans l’aide aux migrants piégés dans la forêt –selon l’ONG polonaise We are monitoring, 103 personnes sont mortes dans cette zone frontalière depuis 2021. Tristement, il interroge: <i>“Si, pour des raisons de sécurité nationale, nous sommes capables de menacer la forêt de Białowieża, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, ou de ne pas nous soucier de migrants, comment un simple bison pourrait‑il avoir de l’importance?”</i></p>
</body>
<footnote/>
</content>
</channel>
</item>
<item>
<itemMetadata>
<identifier>1610909_k2</identifier>
<title>BISONS MURÉS</title>
<toptitle/>
<header>
<p>S’il est un animal qui connaît la folie des hommes, c’est bien le bison. Exterminé tout au long de la conquête de l’Ouest aux États-Unis, le voici malmené au cœur de l’Europe, dans la forêt de Białowieża, entre la Pologne et la Biélorussie, où une frontière de plus en plus militarisée impacte ses conditions de vie.</p>
</header>
<publisher>SOCIETY</publisher>
<creator>NIKOLA BUDZIŃSKA, MATHILDE DOIEZIE ET NASTA ZAKHAREVICH</creator>
<contributor/>
<language/>
<subject/>
<genre/>
<type>image</type>
<category/>
<relation>
<isParentOf/>
<isChildOf>1610909_k1</isChildOf>
</relation>
</itemMetadata>
<channel>
<content>
<image/>
<id>1</id>
<src>ar-1610909-tf-62188879-1-notext.jpg</src>
<width>1600</width>
<height>1020</height>
<position>center center</position>
<legend>
<title/>
<text/>
</legend>
<copyright>AFP / FRANCO BANFI</copyright>
</content>
</channel>
</item>
<item>
<itemMetadata>
<identifier>1610909_k3</identifier>
<title>BISONS MURÉS</title>
<toptitle/>
<header>
<p>S’il est un animal qui connaît la folie des hommes, c’est bien le bison. Exterminé tout au long de la conquête de l’Ouest aux États-Unis, le voici malmené au cœur de l’Europe, dans la forêt de Białowieża, entre la Pologne et la Biélorussie, où une frontière de plus en plus militarisée impacte ses conditions de vie.</p>
</header>
<publisher>SOCIETY</publisher>
<creator>NIKOLA BUDZIŃSKA, MATHILDE DOIEZIE ET NASTA ZAKHAREVICH</creator>
<contributor/>
<language/>
<subject/>
<genre/>
<type>text</type>
<category/>
<relation>
<isParentOf/>
<isChildOf>1610909_k1</isChildOf>
</relation>
</itemMetadata>
<channel>
<content>
<text/>
<body>
<p><b>TÉLEX.</b><i>“Pas d’argent, pas de show”</i>, a déclaré le rappeur Gazo pour justifier son absence au concert Fusion, à Lyon, dont il était la tête d’affiche. … Un Breton ayant appelé sa bière “John Lemon” a été sommé de la renommer par l’avocat de Yoko Ono, veuve de l’artiste.</p>
</body>
<footnote/>
</content>
</channel>
</item>
<item>
<itemMetadata>
<identifier>1610909_k4</identifier>
<title>BISONS MURÉS</title>
<toptitle/>
<header>
<p>S’il est un animal qui connaît la folie des hommes, c’est bien le bison. Exterminé tout au long de la conquête de l’Ouest aux États-Unis, le voici malmené au cœur de l’Europe, dans la forêt de Białowieża, entre la Pologne et la Biélorussie, où une frontière de plus en plus militarisée impacte ses conditions de vie.</p>
</header>
<publisher>SOCIETY</publisher>
<creator>NIKOLA BUDZIŃSKA, MATHILDE DOIEZIE ET NASTA ZAKHAREVICH</creator>
<contributor/>
<language/>
<subject/>
<genre/>
<type>text</type>
<category/>
<relation>
<isParentOf/>
<isChildOf>1610909_k1</isChildOf>
</relation>
</itemMetadata>
<channel>
<content>
<text/>
<body>
<p><b>TÉLEX.</b> Est‑ce le moment propice pour avoir une femme à la présidence de la République? Réponse claire des Français interrogés par OpinionWay: oui, à 77%. … L’entreprise Yves Rocher a 67 ans.</p>
</body>
<footnote/>
</content>
</channel>
</item>
</entity>