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      <title>CHACUN CHERCHE SON MUSCLE</title>
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        <p>Les rayons œufs des supermarchés dévalisés, la transformation des carrures des super-héros et des hommes politiques, l’essor des compléments alimentaires hyperprotéinés ou la multiplication des salles de sport en témoignent: l’époque est en quête de muscle. Mais qu’est-ce qui nous prend?</p>
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          </p>
          <p>Murs en briques apparentes, plafonds peints en noir et éclairage au néon rouge. Aucune lumière naturelle, car ici la course de la Terre et du Soleil importe peu: on s’entraîne de jour comme de nuit. Bienvenue dans la plus grande salle de sport de France, de la chaîne <tag type="organization">On Air</tag>, dont l’entrée donne directement sur une bouche de métro de la station Crimée, dans le <tag type="geo">XIX<sup>e</sup> arrondissement de Paris</tag>. Avec ses 5 000 mètres carrés dédiés à la sueur, elle est devenue une véritable institution. <i>“On a ouvert il y a un an et demi, et depuis, ça ne désemplit pas”</i>, explique le jeune chargé d’accueil en badgeant pour nous faire franchir le tourniquet. Une volée de marches plus bas, on se retrouve dans une sorte de labyrinthe qui distribue plusieurs espaces. Entre deux signes de tête aux usagers les plus assidus, notre guide circule d’un îlot à l’autre en prononçant des noms mystérieux tels que <i>“</i>rowing<i>”</i> ou <i>“machine Visbody”</i>. Ce qui frappe d’abord, c’est que l’endroit s’apparente à une ville modèle réduit: en plus des pièces dédiées au sport, on y trouve un bar, une boutique de produits protéinés, des distributeurs d’à peu près tout, les cabinets d’une nutritionniste, d’un ostéopathe et d’un kiné –sur rendez-vous–, des salons “détente” munis de fauteuils club, et même –petite coquetterie– un barbier/salon de coiffure. En somme, on pourrait vivre ici un bon mois sans avoir à en sortir. Mais ce n’est pas le projet, puisque, à chaque séance, les adhérents passent en moyenne à peine plus d’une heure entre ces murs. Il s’agit donc d’être efficace ; et d’ailleurs, une atmosphère d’intense concentration règne cet après-midi-là. Dans la pièce consacrée aux charges libres, on s’échange quelques conseils à voix basse tandis que des bruits mats s’échappent du pôle “sports de combat”, un peu plus loin. À côté, dans l’espace “cardio”, davantage fréquenté par les femmes, on court sur un tapis ou on pédale en silence, écouteurs vissés aux oreilles. Si bien que personne n’entend le message diffusé par les hautparleurs, qui vient couper la musique d’ambiance: <i>“Donnez-vous à fond, restez motivés, et les résultats suivront!”</i></p>
          <p>En France, en 2025, ils étaient 6,2 millions à se “donner à fond” dans l’une des quelque 5 500 salles de sport du pays –du moins à posséder un abonnement. Incroyable mais vrai: la musculation est devenue le sport préféré des 18-25 ans, et la tendance s’accélère. La progression du nombre d’adhésions est de 4 à 5% par an, observe <tag type="person">Guillaume Vallet</tag>, auteur d’un livre de référence sur le sujet, <i>La Fabrique du muscle</i> (2022). Sociologue et économiste, il pratique aussi le bodybuilding depuis près de 30 ans, ce qui lui permet d’enrichir son analyse de cette discipline. Dans ces pages, il revient sur l’émergence puis la diffusion massive, chez les hommes et progressivement chez les femmes, d’un sport autrefois stigmatisé. Il y a une cinquantaine d’années, on ne parlait pas de musculation mais de “gonflette”, et celui qui exhibait un physique d’armoire à glace était volontiers raillé: “Tout dans les bras, rien dans la tête!” Même <tag type="person">Arnold Schwarzenegger</tag>, le saint patron des culturistes, déplorait l’incompréhension du grand public quant à cette pratique. Dans <i>Pumping Iron</i> (<i>Arnold le magnifique</i>, en VF), un documentaire sorti en 1977 qui deviendra mythique pour des générations entières de sportifs, il déclarait, le torse moulé dans une chemise bleue: <i>“Beaucoup de gens vont te regarder et trouver ça étrange.”</i> Aujourd’hui, le désir de sculpter son corps ne fait plus hausser un sourcil, au contraire, il est associé à des valeurs positives, commente le sociologue <tag type="person">Guillaume Vallet</tag>. Avec l’avènement du capitalisme moderne s’est imposée l’idée qu’un corps sain serait <i>“un signe de productivité économique comme d’intégration sociale”.</i> Pour avoir des biceps bien dessinés ou des fesses galbées, il faut faire preuve d’assiduité, de discipline, de volonté, d’un goût pour le dépassement de soi –c’est le fameux <i>“No pain, no gain”</i> cher aux athlètes. Autant de qualités valorisées dans nos sociétés, et amplifiées par les réseaux sociaux, qui incitent les individus à devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Mais, paradoxalement, ce n’est pas tellement la quête de likes ou d’approbation sociale qui semble guider les adeptes de la muscu, note <tag type="person">Guillaume Vallet</tag>. Pour lui, il faut aller chercher du côté de la vulnérabilité, de l’époque et de ses angoisses: si tout le monde affiche de gros biscotos aujourd’hui, c’est parce que nous nous sentons faibles, individuellement et collectivement. Notre époque est marquée par le déclin de l’adhésion à des idéologies qui autrefois structuraient l’existence. La pratique d’une religion est en chute libre, le travail ne fait plus sens, quant à fonder une famille, vous n’y pensez pas, dans un monde pareil? Entre éco-anxiété et spectre d’une guerre, l’individu semble ne plus pouvoir agir sur grand-chose. Sauf, peut-être, sur son corps.</p>
          <p>D’autres types de vulnérabilités, plus intimes, sont aussi à l’œuvre: complexe d’être trop chétif(ve), trop en chair ou pas assez “masculin”, souvenir traumatique d’une agression, maladie ou blessure ayant durablement endommagé le corps, etc. Cet après-midi-là, dans l’immense salle de sport du <tag type="geo">XIX<sup>e</sup> arrondissement de Paris</tag>, plusieurs récits vont d’ailleurs dans ce sens. <tag type="person">Noah</tag>, un jeune homme de 17 ans, très élancé, au visage doux, prend un petit temps de repos entre deux séries de développé couché. Il explique venir ici quatre fois par semaine depuis un mois et demi. Pourquoi? <i>“Je veux pouvoir me défendre”</i>, dit-il avec un sourire gêné. <tag type="person">Anthony</tag>, un géant de deux mètres, dont le débardeur laisse voir les épaules toutes rondes, mentionne une blessure, il y a dix ans, alors qu’il pratiquait la boxe. <i>“Je me suis complètement cassé le corps. Maintenant, j’essaie de le reconstruire”</i>, raconte-t-il. D’autres histoires émergent, similaires. Un trentenaire déclare en avoir eu marre d’être taxé de <i>“crevette”</i> toute son adolescence, une jeune femme évoque le sentiment d’insécurité éprouvé un soir, dans une gare de RER déserte. D’autres encore reconnaissent l’influence des réseaux sociaux et de personnalités comme Tibo InShape ou <tag type="person">Sonia Tlev</tag>, ou font référence à l’imagerie véhiculée par les blockbusters, notamment les films de l’univers <tag type="organization">Marvel</tag>. <i>“On n’imagine pas <tag type="person">Thor</tag> maigrichon”</i>, plaisante <tag type="person">Julien</tag>, 26 ans, abonné à la salle depuis trois ans. De fait, <tag type="person">Chris Hemsworth</tag> a pris dix kilos de muscle pour jouer le dieu du Tonnerre dans l’opus sorti en 2011 ; <tag type="person">Chris Evans</tag> crie sur tous les toits qu’il a dû se nourrir exclusivement de blanc de poulet et de riz pendant de longs mois pour obtenir l’impressionnante carrure de Captain America ; quant à <tag type="person">Kumail Nanjiani</tag>, il s’est tellement transformé physiquement pour son rôle de Kingo dans <i>Les Éternels</i> que l’on murmure à Hollywood que les stéroïdes y seraient pour quelque chose. Par comparaison, <tag type="person">George Reeves</tag> et <tag type="person">Christopher Reeve</tag>, qui ont tous deux incarné Superman, dans les années 1950 pour le premier et 1970-80 pour le second, font figure de gringalets.</p>
          <blockquote>
            <b>“Trente-cinq heures par semaine je bosse pour une entreprise ; à la salle, je bosse pour moi”</b>
          </blockquote>
          <blockquote>
            <b><tag type="person">Mathilde</tag>, chargée de clientèle</b>
          </blockquote>
          <p>
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          </p>
          <p>
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          </p>
          <p>
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          </p>
          <h3>“Va voir à Bercy”</h3>
          <p>Pour autant, tout le monde n’aspire pas à ressembler à Hulk. Depuis une dizaine d’années, de nouvelles disciplines sont venues façonner des corps musclés, certes, mais plus fuselés. Le <tag type="organization">CrossFit</tag>, l’<tag type="organization">Hyrox</tag> ou encore l’<tag type="organization">ATHX</tag> ont complètement dépoussiéré le fitness façon Véronique et Davina. Mêlant techniques de soulevé de poids, d’endurance et de gymnastique, faisant la part belle aux exercices cardio, ces sports se pratiquent en groupes mixtes et offrent une échappatoire à la logique monotone de la musculation. <i>“Ce qui fait leur attrait, c’est l’aspect communautaire. À chaque session, on retrouve des gens que l’on connaît, on se motive, on souffre ensemble”</i>, explique <tag type="person">Germain</tag>, coach de <tag type="organization">CrossFit</tag> à <tag type="organization">Aguïo Training Center</tag>, à <tag type="geo">Trets</tag>, près d’<tag type="geo">Aix</tag>-en-Provence. Il note aussi qu’au fil du temps, ces sports se sont largement féminisés: <i>“Il m’arrive de coacher une séance où les douze inscrits</i> (sic) <i>sont des femmes! Peut-être parce que dans ces sports,</i> <i>elles sont moins susceptibles de subir des regards ou des commentaires dérangeants de la part des mecs que dans les espaces de muscu traditionnelle.”</i> On suerait dans la bienveillance, donc. Mais cela n’exclut pas l’esprit de compétition, lequel est un ressort de l’adhésion: dans chacune des quelque 800 salles de <tag type="organization">CrossFit</tag> disséminées en France, les performances du jour sont affichées sur un tableau, ainsi que le nom du ou de la meilleur(e) CrossFitter de la semaine –“l’employé(e) du mois” version fitness. L’idée que les entraînements relèvent d’un “travail” que l’on accomplit sur soi revient d’ailleurs dans les discours: <i>“Trente-cinq heures par semaine, je bosse pour une entreprise ; à la salle, je bosse pour moi”</i>, résume <tag type="person">Mathilde</tag>, une chargée de clientèle de 30 ans, les jambes encore congestionnées par une série de squats.</p>
          <p>Au cours des discussions avec des adeptes de la muscu, une même phrase est revenue en boucle, comme un mantra: <i>“Va voir à <tag type="geo">Bercy</tag>.”</i> Une fois, deux fois, trois fois, des dizaines de fois. Il a bien fallu obtempérer. Alors, bien sûr, l’ère du <i>street workout</i> a fait parler pendant et après la pandémie, comme une façon de réinventer une pratique sportive empêchée, mais là, c’est autre chose qui se joue visiblement. L’air est vibrant de chaleur en ce jeudi caniculaire du mois de juin. Un soleil de plomb inonde le petit terrain dédié à la musculation en plein air logé au cœur du parc de <tag type="geo">Bercy</tag>, dans le <tag type="geo">XII<sup>e</sup> arrondissement de Paris</tag>. Les équipements sportifs en métal –espaliers, barres parallèles, bancs de musculation– sont chauffés à blanc. Une grosse enceinte, placée au centre, crache à plein volume un morceau trap du rappeur <tag type="person">Tovaritch</tag> –lui-même bodybuildé: <i>“On dirait qu’t’as maigri? Qu’est-ce qu’il s’passe? […] Je suis pas en diète, soviet, je suis en prise de masse.”</i> Et partout, des hommes jeunes et torse nu, galvanisés par la musique, enchaînent les tractions, les pompes, les séries de développé couché. À un degré d’intensité qui laisse pensif(ve): les pompes se font à une main et les tractions par fournées de 25. Certains portent des cagoules, d’autres des bandanas qui leur couvrent la bouche et le nez –il fait 38 °C. Tous ou presque affichent une musculature spectaculaire. La scène est surréaliste, parce qu’elle se déroule juste en face de la gare routière où transitent des <tag type="organization">FlixBus</tag>. Un écran plat, fixé à côté, annonce les prochaines arrivées en provenance de <tag type="geo">Fribourg</tag>, <tag type="geo">Londres</tag> ou <tag type="geo">Berlin</tag> ; deux touristes britanniques, des quinquagénaires cramoisies vêtues de blouses fluides, émergent du terminal et longent le terrain en tirant leur valise à roulettes, l’air effaré. Le contraste est total.</p>
          <p>Chaque jour, ils sont des dizaines à venir s’entraîner dans cet espace ouvert en 2018. Ils y pratiquent ce que les puristes appellent la “callisthénie”, du grec <i>kallos</i> (“beauté”) et <i>sthenos</i> (“force”) ; plus trivialement, il s’agit d’un cocktail d’exercices exténuants sollicitant le poids du corps, comme les dips, les tractions ou les pompes. Après le Covid, donc, le nombre de lieux comme celui-là a explosé en France, comblant un désir bien naturel de faire du sport en extérieur. D’après le site calisthenics-parks.com, il y en aurait 1 833 dans l’<tag type="geo">Hexagone</tag>. Et comme souvent, le phénomène nous vient des États-Unis, sous la houlette d’<tag type="person">Hannibal For King</tag>, véritable légende du <i>street workout</i> et pionnier de la discipline. Si, au départ, celle-ci rassemblait surtout des jeunes de quartiers déshérités (on parlait à l’époque de “<i>ghetto workout</i>”), elle attire aujourd’hui des profils plus variés: adolescents dissuadés par le prix d’un abonnement à la salle, <tag type="organization">CrossFitters</tag> venant chercher ici un complément à leurs entraînements indoor ou habitants du quartier qui tentent d’occuper leurs moments de désœuvrement.</p>
          <p>
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          </p>
          <blockquote>
            <b>Ce n’est pas tellement la quête de likes ou d’approbation sociale qui semble guider les adeptes de la muscu, note <tag type="person">Guillaume Vallet</tag>, auteur du livre <i>La Fabrique du muscle</i>. Pour lui, il faut aller chercher du côté de la vulnérabilité, de l’époque et de ses angoisses</b>
          </blockquote>
          <p>
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          </p>
          <h3>Sueur et décorum intimidant</h3>
          <p>À <tag type="geo">Bercy</tag>, l’ambiance est un peu particulière pour deux raisons. D’une part, parce qu’on y cultive un goût pour la bidouille et la culture de rue. Les dips se font ainsi sur des barrières de chantier, les haltères sont fabriqués avec du matériel de fortune. D’autre part, parce que le parc aimante les sportifs les plus chevronnés. L’une des spécialités de la maison consiste à s’attacher autour de la taille, à l’aide d’une ceinture et d’une chaîne, deux poids de 26 kilos chacun pour augmenter la difficulté des tractions. Ils sont deux ou trois à se mettre en position, et c’est à celui qui lâchera le dernier. La sueur ruisselle le long de leur torse jusqu’à leurs jambes et goutte sur le sol en granulats de caoutchouc, qui l’absorbe immédiatement. En marchant sur ce revêtement souple, on se demande combien de litres de sueur sont ainsi emprisonnés sous nos pieds. Des milliers? Des dizaines de milliers? La question amuse <tag type="person">Gadry</tag>, un Guinéen de 24 ans que tout le monde surnomme “<tag type="organization">Force spéciale</tag>”. Six fois par semaine, après son service comme second de cuisine à <tag type="geo">Villeneuve-Saint-Georges</tag>, dans le <tag type="geo">Val-de-Marne</tag>, il passe quelques heures à taquiner les espaliers. <i>“Moi, je viens du MMA au départ. Je cherchais un endroit où m’entraîner, et ici j’adore parce que tu peux parler avec tout le monde. <tag type="geo">Bercy</tag>, c’est vraiment une famille.”</i> À force, il est devenu une figure emblématique des lieux et un coach assez suivi sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, tout ou presque est filmé ici. Une flopée de téléphones sont fixés sur des perches pour diffuser en live sur TikTok les exploits du jour. C’est justement en tombant sur l’une des vidéos postées sur le compte Instagram street_workout_bercy (997 000 abonnés) que <tag type="person">Kanut</tag>, un jeune homme de 26 ans qui aspire à devenir bodybuilder professionnel, a atterri dans ce parc. Il raconte s’être mis à la musculation il y a six ans, pour combattre un mal-être. <i>“Pas vraiment pour des raisons esthétiques</i>, se souvientil. <i>Je me suis vite rendu compte que ça avait un impact positif sur ma santé mentale, autant que sur ma santé physique.”</i> À la question de savoir si des femmes viennent parfois s’entraîner, on nous répond que oui, bien sûr, l’endroit est ouvert à tous. Reste qu’au cours de nos trois visites, nous n’en avons vu aucune, d’autant plus que le muscle est genré à bien des égards: les hommes ont tendance à privilégier le haut du corps (biceps, pectoraux, abdos), et les femmes, le bas (ischios, adducteurs, fessiers). Or les équipements mis à la disposition des utilisateurs dans les parcs de <i>street workout</i> servent surtout à faire travailler les muscles prisés par la gent masculine. Sans parler du décorum, intimidant, et de l’ambiance musicale. Cet après-midi-là, la grosse enceinte placée au centre du terrain a diffusé un autre morceau du rappeur <tag type="person">Tovaritch</tag>: <i>“Ta go m’appelle les bes-j’ en l’air, j’la baise cette pute, j’lui mets la misère.”</i> On comprend que ces dames préfèrent pratiquer ailleurs.</p>
          <p>
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          </p>
          <p>
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          </p>
          <p>Mais c’est bien joli de se fader 50 tractions quotidiennes, encore faut-il faire preuve de la même discipline dans tous les autres aspects de l’existence –l’alimentation, le sommeil, la récupération. <i>“La muscu, c’est pas un sport, c’est une hygiène de vie”</i>, explique avec gravité <tag type="person">Gadry</tag>, qui dispense à l’occasion ses conseils en nutrition sur les réseaux. Une déclaration qui fait écho à une phrase placardée dans l’entrée des quelque 300 salles du groupe <tag type="organization">Keepcool-Neoness</tag>, l’un des leaders du marché aux côtés de <tag type="organization">Basic-Fit</tag>, <tag type="organization">Fitness Park</tag> et <tag type="organization">L’Orange bleue</tag>: “Ensemble, nous n’allons pas seulement changer vos corps, nous allons changer vos vies.”</p>
          <p>À en croire les influenceurs fitness, prendre et entretenir du muscle s’apparente à un job à temps plein. Sur les réseaux, les formats <i>“A day in my life”</i> célèbrent tous une même routine: réveil aux aurores, séance de sport à jeun, petit déjeuner protéiné, occupations variées, repas équilibrés, coucher tôt. Tout doit être réglé, mesuré, optimisé: on pèse sa nourriture, on calcule le nombre de calories et surtout la quantité de sacro-sainte protéine, on s’alimente à horaires fixes et on calibre ses soirées pour s’assurer de disposer de huit heures de sommeil. C’est une ascèse, et c’est sans doute ce qui fait dire au sociologue <tag type="person">Guillaume Vallet</tag> qu’il y a quelque chose de religieux dans la pratique de la musculation. Comme n’importe quel culte, celui du corps a ses rites, ses croyances, ses nourritures pures et impures. En matière de nutrition, un aliment s’est imposé pour ses vertus quasi sacrées: l’œuf. Souvent présenté comme un “superaliment”, il est riche en protéines (entre six et sept grammes par unité) et en vitamines, bon marché, facile à préparer. Son aura est d’ailleurs telle que la <tag type="geo">France</tag> en a connu une pénurie en début d’année. La production ne suit tout simplement plus la demande, laquelle a progressé de 25% en dix ans (entre 2015 et 2025) d’après des données publiées par l’association de consommateurs <tag type="organization">Que Choisir Ensemble</tag> (anciennement <tag type="organization">UFC-Que Choisir</tag>). Au panthéon des haltérophiles, on trouve également le skyr, un laitage pseudo-islandais dont la recette ne diffère de celle d’un yaourt industriel que par son égouttage plus long, ou encore le très britannique cottage cheese. La Gen Z a fait de ce dernier une star de TikTok et des recettes <i>post-workout</i> (comprendre: des collations supposément réconfortantes et surtout très saines), au même titre que les indétrônables avocat et viande rouge, le premier pour ses vitamines et ses vertus antioxydantes, la seconde pour ses protéines, son fer et… le stéréotype de virilité associé traditionnellement à une bonne grosse pièce de bœuf. Autres tendances notables: l’alimentation “primitive” (aliments simples, préparés de façon rudimentaire, à déguster torse nu et avec les doigts) ou la vogue vegan, certes encore largement minoritaire chez les bodybuilders. Tout est parti d’un documentaire, <i>The Game Changers</i>, dont <tag type="person">Kanut</tag>, le jeune homme rencontré au parc de <tag type="geo">Bercy</tag>, nous a chanté les louanges. Sorti en 2019 et produit par <tag type="person">James Cameron</tag>, <tag type="person">Arnold Schwarzenegger</tag>, <tag type="person">Jackie Chan</tag>, <tag type="person">Lewis Hamilton</tag>, <tag type="person">Chris Paul</tag> ou encore <tag type="person">Novak Djokovic</tag>, il retrace les tribulations d’un combattant d’arts martiaux, <tag type="person">James Wilks</tag>, en quête du meilleur régime alimentaire possible pour guérir ses deux genoux blessés. Lui qui ne jurait que par la bidoche fait la rencontre de sportifs de haut niveau devenus vegan dont les performances n’ont cessé d’augmenter depuis lors. Le film a fait grand bruit dans le milieu du fitness. <i>“C’est un coach qui m’en a parlé, et depuis, ça a complètement changé mon rapport à la nourriture</i>, raconte <tag type="person">Kanut</tag>. <i>Même au niveau de la supplémentation: je ne prends plus qu’un shaker de prot’ tous les trois ou quatre jours.”</i></p>
          <blockquote>
            <b>Un journaliste de <i><tag type="organization">Society</tag></i> a été contacté par une collaboratrice de <tag type="person">Raphaël Glucksmann</tag> à la recherche d’un coach sportif. À l’approche de l’élection présidentielle, le candidat a semble-t-il décidé de se mettre à la musculation</b>
          </blockquote>
          <h3>Whey, créatine et Gabriel Attal</h3>
          <p>Cette modération n’est pas représentative d’un secteur en plein essor: les compléments alimentaires. En France, le marché a franchi la barre des trois milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, soit une progression de 2,6% sur un an, détaille <i><tag type="organization">La Tribune</tag></i>. La star dans le milieu, c’est bien sûr la protéine en poudre, notamment la fameuse “whey” (“petit-lait”, en français), issue du lait de vache ou de chèvre. Largement associée au bodybuilding jusque dans les années 2000, elle s’est peu à peu banalisée au point de conquérir les rayons des supermarchés –inutile, désormais, d’aller dans une boutique spécialisée pour s’en procurer. Elle est devenue la mascotte des accros à la muscu, presque un signe de ralliement. La preuve: <tag type="organization">Tibo InShape</tag>, qui a lancé sa propre marque de compléments alimentaires en 2019, termine chacune de ses vidéos en se frappant le cœur avec le poing et en clamant <i>“Amour et protéines!”</i>. Il en existe aromatisée à tous les goûts (vanille, café, en passant par cookie ou thé glacé aux myrtilles), et son coût (entre 30 et 50 euros selon les marques pour un paquet de 900 grammes censé durer un mois) ne semble pas dissuader les plus jeunes, qui en sont très friands. En dehors des incontournables shakers, les adeptes l’incorporent dans toutes sortes de préparations plus glamours –crêpes, <i>mug cakes</i>, muffins aux myrtilles– dont les recettes tournent sur les réseaux. Au rang des produits phares, on trouve aussi la créatine, une substance naturellement produite par le corps qui est aussi présente dans certains aliments riches en protéines, comme la viande et le poisson. Elle est consommée sous forme de gélules ou de poudre dans le but d’améliorer ses performances au cours d’exercices très intenses et de courte durée. Les influenceurs en vantent les mérites à longueur de vidéos, distribuant des codes promo et de doctes conseils sur la meilleure façon de “hacker” sa biologie. <i>“Tout le monde n’est pas sensible de la même manière à l’appel de ces produits</i>, note <tag type="person">Germain</tag>, le coach sportif. <i>C’est une question d’objectif. Chez la plupart des hommes, il y a une ambition esthétique: ils veulent du volume, faire ressortir du muscle. Ils sont donc plus réceptifs aux promesses des influenceurs que les femmes qui, souvent, cherchent à s’affiner, à tonifier leur silhouette.”</i> In fine, il s’agit toujours de se conformer à un certain imaginaire du corps, lequel est genré et largement façonné par les contenus qui circulent sur nos écrans. En cela le muscle est un produit de notre époque, et peut-être l’un de ceux qui en disent le plus long sur elle.</p>
          <p>Preuve ultime que le mouvement gagne du terrain de toutes parts, dans les bureaux de <i><tag type="organization">Society</tag></i> bruisse une rumeur: un journaliste de la maison qui travaille également pour des médias sportifs aurait été contacté par une collaboratrice de <tag type="person">Raphaël Glucksmann</tag> à la recherche d’un coach. À l’approche de l’élection présidentielle, le candidat du jeune parti <tag type="organization">Place publique</tag> aurait semble-t-il décidé de se mettre à la musculation lui aussi. Vérification faite, il n’est pas seul.</p>
          <p><tag type="person">Jordan Bardella</tag>, qui aime les artifices de la communication, s’est récemment targué auprès du <i><tag type="organization">Figaro</tag></i> d’avoir dû changer ses costumes pour <i>“prendre la taille au-dessus”</i>. Le président du <tag type="organization">Rassemblement national</tag> soulève de la fonte plusieurs fois par semaine, et il veut que cela se voie puisqu’il se met en scène lors de ses entraînements. Dans une vidéo de juin 2025, visionnée 1,2 million de fois sur TikTok, on peut le voir vanter, le souffle court, les mérites du sport tandis qu’il s’active sur un rameur (prémonitoire?). Dans la même génération, ou presque, il y a aussi <tag type="person">Gabriel Attal</tag>, chez <tag type="organization">Renaissance</tag>, qui a officialisé sa candidature le 22 mai dernier, et qui s’affiche de son côté avec huit kilos de muscles en plus, acquis à grand renfort de séances cardio et d’haltères. L’ex-Premier ministre consulte un coach trois fois par semaine. L’objectif avoué de la manœuvre, qui résume tout: “Prendre de l’épaisseur.” • TOUS PROPOS RECUEILLIS PAR PT</p>
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        <p>Les rayons œufs des supermarchés dévalisés, la transformation des carrures des super-héros et des hommes politiques, l’essor des compléments alimentaires hyperprotéinés ou la multiplication des salles de sport en témoignent: l’époque est en quête de muscle. Mais qu’est-ce qui nous prend?</p>
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               PHOTOS: RENAUD BOUCHEZ POUR SOCIETY
               
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      <title>CHACUN CHERCHE SON MUSCLE</title>
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        <p>Les rayons œufs des supermarchés dévalisés, la transformation des carrures des super-héros et des hommes politiques, l’essor des compléments alimentaires hyperprotéinés ou la multiplication des salles de sport en témoignent: l’époque est en quête de muscle. Mais qu’est-ce qui nous prend?</p>
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      <publisher>So Press</publisher>
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