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    <title>Le syndrome de PARIS</title>
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      <title>Le syndrome de PARIS</title>
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        <p>Autrefois ignorée par les <b>rappeurs américains </b>, Paris, capitale du luxe et de la mode, s'est mise depuis quelques années à attirer tout ce que le hip-hop US compte de stars.</p>
        <p>Kanye West, Jay-Z, A$AP Rocky et tant d'autres y enregistrent des albums dans des palaces, y tournent des clips au Louvre ou arborent des t-shirts Ă  la gloire de Pigalle.</p>
        <p>Parfois à leurs risques et périls.</p>
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      <publisher>So Presse</publisher>
      <creator>PAR GRÉGOIRE BELHOSTE - ILLUSTRATIONS: PAUL LACOLLEY POUR SOCIETY</creator>
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          <p>Une Porsche Panamera freine dans une ruelle, avant de laisser sortir un homme vêtu d'un manteau kaki tombant jusqu'au bas des genoux et d'un jean déchiré. À peine a-t-il posé le pied au sol que son regard croise celui d'un paparazzi venu l'attendre dans cette paisible allée du centre de Paris. <i>“Ne me parlez pas, ne faites pas</i> <i>comme à Los Angeles </i>, avertit la célébrité, avant de se montrer plus conciliante: <i>Je préfère votre façon de travailler, ici: avec respect. À partir de 20h, vous nous laissez tranquilles. ” </i>Le visage de la star n'est pourtant pas celui d'un homme reconnaissant. Traits tirés, regard blasé: tout porte à croire qu'il prend sur lui. Il faut le comprendre. Quelques mois plus tôt, à Los Angeles, il s'est pris un poteau en plein visage après avoir baissé la tête pour échapper aux objectifs des photographes. Encore avant, il s'était jeté sur l'un d'entre eux pour tenter de lui arracher son appareil, agression pour laquelle il sera condamné à deux ans de liberté surveillée, 250 heures de travaux d'intérêt général et quelques séances de thérapie de gestion de colère. Soudain, une passante surgit dans la rue parisienne. Elle demande, ingénue, devant le photographe et un quidam au chandail croisé sur les épaules: <i>“C'est qui?” </i>Durant quelques instants, la rue retient son souffle. Puis l'intéressé tend la main: <i>“Je suis Kanye. ”</i> </p>
          <p>Depuis sa publication en 2013 sur YouTube, la vidéo de cette rencontre surréaliste entre Kanye West et une inconnue parisienne a été visionnée plus de deux millions de fois. La même mésaventure est arrivée à Jay-Z, en 2014. Devant le Louvre, un touriste interpelle la superstar, entourée de gardes du corps: <i>“C'est qui, lui? ” </i>Sourcils froncés, l'ancien dealer de Brooklyn réplique: <i>“Et toi, t'es qui? ” </i>Quatre ans après, tout est oublié: c'est dans ce même Louvre qu'en juin dernier, le rappeur new-yorkais et Beyoncé ont tourné en toute discrétion le clip d' <i>Apeshit </i>, premier extrait de leur album commun. Six minutes durant lesquelles on voit le couple le plus puissant de l'industrie musicale poser devant les œuvres du musée parisien. Le clip a déjà dépassé les 100 millions de vues. Un triomphe. <i>“Cette vidéo représente l'association entre un musée mondialement connu et deux artistes mondialement connus qui, très clairement, sont les influenceurs de leur époque </i>, analyse Adel Ziane, sous-directeur de la communication du Louvre. <i>Depuis, beaucoup de visiteurs demandent à nos agents de surveillance où sont les œuvres que l'on voit dans la vidéo. Beyoncé et Jay-Z sont des ambassadeurs extrêmement importants parce qu'ils vont toucher un public plus large, qui n'est pas forcément habitué des musées. ” </i>Ce n'est pas la première fois que Jay-Z attire l'attention sur la capitale française. Au début des années 2010, lui et Kanye West avaient enregistré <i>Niggas in Paris </i>, l'un des plus grands tubes rap de la décennie, succession de rimes absurdes et ostentatoires. Un morceau dans lequel les deux stars racontent leurs virées à Paris et citent, en vrac, Louis Vuitton, l'hôtel Meurice, un filet de poisson ou le champagne Ace of Spades. Dans la foulée, d'autres rappeurs ont investi la capitale -les uns, comme Kendrick Lamar, Pusha T ou Waka Flocka Flame, tournant des vidéos en ville ; les autres, tel Action Bronson, profitant de la gastronomie locale. Plus récemment, A$AP Rocky et Tyler, The Creator y ont tourné un énième clip, presque parodique, baptisée <i>Potato Salad </i>. Posés sur une voiturette, les deux compères rappent devant un bâtiment en rénovation, recouvert d'échafaudages. Comme si le fantasme du Paris chic et luxueux, tant prisé par les rappeurs américains, avait été usé jusqu'à la corde, et qu'il valait désormais mieux en rire.</p>
          <p>Car que représente donc Paris pour les stars du rap? Une ville tranquille, où les passants ne les (re)connaissent pas? Le sommet du bling-bling? L'équivalent architectural d'un polo Ralph Lauren, attribut vestimentaire longtemps porté par les fils à papa avant de devenir un totem hip-hop? Ou bien tout cela à la fois ?</p>
          <p><i>“Ce qui est sûr, c'est que ces artistes sont aujourd'hui bien plus que des rappeurs </i>, avance une ancienne stagiaire dans l'événementiel, habituée à accueillir les meilleures gâchettes américaines. <i>Leur image actuelle cadre mieux avec ce que représente la ville. Avant, par exemple, le style des rappeurs n'était pas très travaillé: un jean large, une veste peau de pêche et merci, au revoir. ” </i>Durant les années 2000, se souvient-elle, Paris laissait les rappeurs de marbre. <i>“C'était un lieu de passage, rien de plus. Ils disaient que le public n'était pas cool, pas très chaleureux. Et puis, tous les Parisiens ne comprenaient pas l'anglais, donc ils ne pouvaient pas communiquer. On ne signait pas des contrats pour des concerts, mais simplement pour des </i>showcases <i>. Les rappeurs restaient 45 minutes et c'était plié </i>Fondateur du fanzine <i>” </i>. <i>Get Busy </i>, dédié au hip-hop et “interdit aux bâtards”, Sear se rappelle les premières venues de Public Enemy à Paris, à la fin des années 80. À l'époque, la presse people ne mandatait aucun paparazzi pour capturer quelques moments volés. Le groupe, auréolé d'une réputation sulfureuse, faisait même plutôt frissonner le Tout-Paris médiatique. <i>“Pour leur concert au Zénith en 1990, Guillaume Durand avait envoyé des reporters sur place, qui intervenaient toutes les dix minutes pour voir si les Noirs n'allaient pas tuer ou manger les Blancs </i>, soupire Sear. <i>C'était ce niveau de bêtise. ”</i></p>
          <p>Ce jour-là, il avait lui-même baladé les membres de Public Enemy dans Paris. <i>“Ils voulaient aller aux puces de Clignancourt. Finalement, on s'est rendus sur les Champs-Élysées. Et Flavor Flav m'a payé un cheeseburger. ”</i> </p>
          <blockquote>“À votre avis, pourquoi la chanson <i>Niggas in Paris </i>s'appelle comme ça? Parce que les négros étaient bel et bien à Paris!” <b>Kanye West</b></blockquote>
          <p>21 juin 2018. Ce jour de solstice d'été, quelques-unes des plus grandes stars du rap sont réunies dans les jardins du Palais-Royal. Il s'agit d'assister au défilé de la collection homme printemps-été 2019 de la marque Louis Vuitton. Mais surtout d'observer pour la première fois les créations de Virgil Abloh, bras droit de Kanye West devenu directeur artistique de la griffe française. Sur une bande-son signée du même West, Kid Cudi, Playboi Carti ou A$AP Nast défilent sous le regard de Travi$ Scott et A$AP Rocky. Le fond de l'air est doux, des centaines de smartphones sont rivés vers le <i>catwalk </i>et immortalisent le grand moment de la journée: après le show, Abloh fonce droit vers Kanye West et l'étreint durant de longues secondes. West verse quelques larmes, ému par le parcours de son ami, lui aussi gamin de Chicago, lui aussi passionné par la mode. Sans doute savoure-t-il aussi le temps parcouru jusqu'à cette consécration au cœur du chic parisien. Et se souvient-il d'où il était dix ans plus tôt.</p>

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