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    <title>TRAQUE MORTELLE EN CALIFORNIE</title>
    <section>ENQUÊTEURS</section>
    <subSection>Notre série de l'été 4/4</subSection>
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      <title>TRAQUE MORTELLE EN CALIFORNIE</title>
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        <p>Le 24 avril dernier, la police amĂ©ricaine annonçait l'arrestation du “Golden State Killer” , auteur de plus de 50 viols et d'au moins douze meurtres dans les annĂ©es 70 et 80 dans la rĂ©gion de Sacramento et <i>de Santa Barbara. Deux mois plus tĂŽt sortait , le livre de Michelle McNamara, Ă©crivaine et apprentie dĂ©tective, qui passa la derniĂšre partie de sa vie Ă  traquer l'assassin, jusqu'Ă  ce que cette obsession la tue.</i></p>
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      <publisher>So Presse</publisher>
      <creator>PAR HÉLÈNE COUTARD</creator>
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          <p><b>S</b>ur l'affiche du film <i>Zodiac </i>, de David Fincher, qui raconte la traque sans fin d'un <i>serial killer </i>dans le San Francisco des annĂ©es 60, il est Ă©crit: “There's more than one way to lose your life to a killer. ” Soit, en français: “Il existe plusieurs façons de perdre sa vie Ă  poursuivre un tueur. ” Si elle Ă©tait encore parmi nous, Michelle McNamara ne pourrait pas nier l'assertion. Elle est morte d'avoir pourchassĂ© l'un d'eux. C'Ă©tait le 21 avril 2016. Ce soir-lĂ , l'AmĂ©ricaine se met au lit avec la ferme intention de faire une nuit de huit heures. Depuis toutes ces annĂ©es qu'elle travaille sur l'affaire du “Golden State Killer”, Michelle dort peu et mal. Elle se rĂ©veille au moindre bruit, reste des heures devant son ordinateur, l'esprit occupĂ© en permanence par cet homme sans visage, sans Ăąge et sans nom, auteur de plus de 50 viols et d'au moins douze meurtres dans les annĂ©es 70 et 80. Alors, cette nuit de printemps, pour ĂȘtre sĂ»re de dormir enfin, Michelle McNamara avale un Adderall, un Xanax et du fentanyl. Elle ne se rĂ©veillera jamais. Sur son ordinateur, ses proches retrouvent 3 500 fichiers, ainsi que 37 cartons remplis de papiers, de milliers de notes, de listes et, parmi cette montagne d'informations, un document intitulĂ© “Lettre Ă  un vieux monsieur”. Dans celle-ci, Michelle s'adresse Ă  l'homme qui la hante depuis si longtemps: “AprĂšs le 4 mai 1986, tu as disparu. Certains pensent que tu es mort. D'autres que tu es en prison. Pas moi. Je pense que tu as disparu quand le monde a commencĂ© Ă  changer. La technologie progresse. Tu as vu que tes adversaires gagnaient du terrain. Mais un jour, tu entendras une voiture se garer dans l'allĂ©e. Des pas vers la porte. Comme Edward Wayne Edwards, 29 ans aprĂšs qu'il a tuĂ© Timothy Hack et Kelly Drew dans le Wisconsin. Comme Kenneth Lee Hicks, 30 ans aprĂšs le meurtre de Lori Billingsley dans l'Oregon. La sonnette retentit.</p>
          <p>Respire. Serre les dents. C'est comme ça que tout s'arrĂȘte pour toi. ” Presque une prophĂ©tie: le 24 avril 2018, presque deux ans jour pour jour aprĂšs la mort de Michelle McNamara et 30 ans aprĂšs les crimes, la police californienne s'est enfin garĂ©e dans l'allĂ©e de Joseph James DeAngelo, 72 ans, ancien policier et vĂ©tĂ©ran de la guerre du Vietnam. Depuis, le Golden State Killer dort en prison.</p>
          <p><i>I'll Be Gone in the Dark </i>, le livre sur lequel Michelle travaillait, est lui sorti un peu avant fin fĂ©vrier, complĂ©tĂ© par Paul Haynes, qui traquait lui aussi le Golden State Killer, et un ami journaliste de Michelle, Billy Jensen. Il a fallu aux deux hommes plus d'un an pour compiler les parties dĂ©jĂ  rĂ©digĂ©es, ainsi que les diffĂ©rentes pistes laissĂ©es par Michelle. <i>“Quand elle est morte et que j'ai transfĂ©rĂ© le contenu de son disque dur sur mon ordinateur, il y avait tout: des chapitres partiellement Ă©crits, des idĂ©es de pistes, des dossiers de la police et toutes les preuves qu'elle avait pu rĂ©colter” </i>, explique Billy Jensen. Il faut dire que l'affaire du Golden State Killer s'Ă©tend sur une longue pĂ©riode -dix ans de crimes. On est en 1976 quand il commet son premier viol dans la rĂ©gion de Sacramento. Il se rend coupable de 50 autres jusqu'en 1979, notamment autour de la ville de Rancho Cordova, ce qui lui vaut le surnom de “East Area Rapist”.</p>
          <p>Le <i>modus operandi </i>est toujours le mĂȘme: le violeur s'attaque Ă  des jeunes femmes alors qu'elles sont seules Ă  la maison, en train de dormir. Dans le premier article qu'elle a publiĂ© sur lui dans le <i>Los Angeles Magazine </i>en 2013, McNamara dĂ©taillait: “Pour se focaliser sur une victime, il pĂ©nĂ©trait souvent dans une maison en l'absence de ses habitants, s'habituait au lieu, Ă©tudiait les photos de famille, mĂ©morisait les noms. Puis, il dĂ©sactivait la lumiĂšre des porches, ouvrait les fenĂȘtres, vidait le chargeur des armes. Tout cela lui donnait un avantage considĂ©rable: quand vous ĂȘtes rĂ©veillĂ©e d'un profond sommeil par une lumiĂšre aveuglante et un homme avec un masque de ski, il est un Ă©tranger pour vous, mais vous ne l'ĂȘtes pas pour lui. ” De 1979 Ă  1986, nouvelle sĂ©rie de crimes: un homme attaque des couples chez eux, plusieurs centaines de kilomĂštres plus au sud, du cĂŽtĂ© de Santa Barbara. Il commence par la banlieue de Goleta. Entre le 1er et le 2 octobre 1979, il surgit au cƓur de la nuit, aveugle un couple avec sa lampe torche puis l'attache tout en fouillant dans les placards et en chantonnant <i>“Je vais les tuer” </i>. Mais la jeune femme arrive Ă  s'enfuir et rĂ©veille par ses cris un voisin, qui a juste le temps de sortir et d'apercevoir au loin un homme s'enfuir Ă  vĂ©lo. Ils seront les deux derniers survivants du Golden State Killer qui, Ă  partir de cette date, n'Ă©pargnera plus personne. DĂ©sormais, sa routine change: il demande systĂ©matiquement Ă  la femme d'attacher son compagnon, puis la viole, avant de les assassiner tous les deux.</p>
          <p>À Goleta, Ă  Visalia, 370 kilomĂštres plus au nord, puis Ă  Ventura, Ă  nouveau en Californie du Sud, et Ă  Irvine et Dana Point, au sud de Los Angeles, cinq couples et trois femmes seules seront tuĂ©s.</p>
          <p>Une sĂ©rie de meurtres attribuĂ©s dans un premier temps Ă  un autre tueur: l'“Original Night Stalker”. Il faudra attendre 2001 pour que des analyses ADN prouvent que les criminels de Sacramento et de Santa Barbara ne sont en rĂ©alitĂ© qu'un seul et mĂȘme homme.</p>
          <p>Puis, aprÚs le meurtre de Janelle Cruz, 18 ans, à Irvine en 1986, le meurtrier ne frappe plus ; et plus grand monde ne s'intéresse à lui.</p>
          <blockquote>“Un jour, tu entendras une voiture se garer dans l'allĂ©e. Des pas vers la porte. La sonnette retentit. Respire. Serre les dents. C'est comme ça que tout s'arrĂȘte pour toi” <b>Lettre ouverte de Michelle McNamara au Golden State Killer</b></blockquote>
          <p>Jusqu'Ă  ce que Michelle s'en mĂȘle. Quand elle dĂ©couvre l'affaire, l'un de ses premiers dĂ©fis consiste Ă  remettre en lumiĂšre une histoire tombĂ©e aux oubliettes. “L'une des tristes vĂ©ritĂ©s que j'ai apprises en Ă©tudiant les <i>serial killers </i>est que le marketing compte, Ă©crit-elle ainsi dans <i>I'll Be Gone in the Dark </i>. Depuis que Jack l'Éventreur a terrorisĂ© le Londres du xixe siĂšcle, les <i>serial killers </i>semblent avoir appris la leçon et certains trouvent eux-mĂȘmes leur surnom.<br/></p>

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