CâEST ARRIVĂ PRĂS DE CHEZ VOUS
entité 21/38 · identifiant 1660223
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Pages 49, 50, 51, 52 du magazine â se connecter pour les voir.
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TempĂȘte de blanche sur Le Havre
En mai dernier, neuf personnes Ă©taient jugĂ©es Ă Lille pour avoir fait entrer de la cocaĂŻne au Havre. Mais derriĂšre ces pieds nickelĂ©s, câest toute une chaĂźne sophistiquĂ©e qui opĂšre aujourdâhui en amont du port de la Manche.
Par JOACHIM BARBIER
AU HAVRE ET Ă LILLE
QUENTIN D. BADGE Ă LâENTRĂE DE LA ZONE PORTUAIRE DU HAVRE Ă EXACTEMENT 7H30 ce matin du lundi 10 janvier 2022. Comme chaque jour, il se place au contrĂŽle dâun chariot cavalier, utilisĂ© pour dĂ©placer les quelque 8 000 conteneurs qui arrivent quotidiennement sur les quais. Moins de 30 minutes plus tard, le docker a bougĂ© sa premiĂšre âboĂźteâ, comme on les surnomme dans le mĂ©tier, un conteneur de 40 pieds arrivĂ© deux jours plus tĂŽt. Puis, dans la foulĂ©e, il en dĂ©place une autre pour la rapprocher de la premiĂšre. Rapidement, les personnes chargĂ©es de superviser les dĂ©placements depuis la tour de contrĂŽle constatent que ceux de Quentin D. ne correspondent pas Ă ce qui est prĂ©vu. Et pour cause: il est connectĂ© Ă deux canaux dâinformation. Lâun, habituel et officiel, est une tablette qui lui indique les numĂ©ros des conteneurs Ă bouger. Lâautre, hors des radars, est un tĂ©lĂ©phone remis une semaine plus tĂŽt par âun MaghrĂ©bin avec une capuche et des gros yeuxâ, dĂ©taillera-t-il aux enquĂȘteurs. Ă lâautre bout de la ligne, la personne qui le dirige semble voir de ses propres yeux les diffĂ©rents mouvements qui sâopĂšrent sur le quai. Cet interlocuteur demande au docker de bouger un troisiĂšme conteneur vide pour le rapprocher des deux autres. Quentin D. sâexĂ©cute, et accomplit cette Ă©trange chorĂ©graphie portuaire sans que la boĂźte touche le sol, pour ne pas laisser de trace dans le systĂšme de contrĂŽle informatique. Puis, il pose ce dernier conteneur sur la plateforme de chargement dâun poids lourd qui attend dans la zone dâĂ©change depuis onze minutes. Le chauffeur, Guillaume F., quitte le quai Ă 11h02. Ă la sortie du port, les douaniers lui demandent de passer son camion Ă travers le Sycoscan, un scanner mobile qui permet de visualiser lâintĂ©rieur des conteneurs par radiographie. Sur les Ă©crans, ils aperçoivent trois silhouettes humaines derriĂšre la porte et une masse suspecte au milieu dâune cargaison de chaussures. Ils ouvrent, et tombent en effet sur trois hommes et quatre sacs de sport noirs. Ă lâintĂ©rieur: 99,5 kilos de cocaĂŻne divisĂ©s en 86 pains. Les analyses rĂ©vĂšlent un taux de puretĂ© entre 87% et 95%. Valeur estimĂ©e Ă la vente: 3,9 millions dâeuros. Au total, sept personnes sont placĂ©es en garde Ă vue. Sept personnes dont le parcours offre un exemple chimiquement pur de la logistique Ă lâĆuvre derriĂšre le trafic de cocaĂŻne qui inonde la France depuis lâAmĂ©rique du Sud et les CaraĂŻbes.
La technique utilisĂ©e ce jour-lĂ est connue de la justice sous le nom de âcheval de Troieâ. Les personnes retrouvĂ©es dans le camion Ă©taient entrĂ©es dissimulĂ©es dans un conteneur vide tĂŽt le matin. Elles en sont sorties pour pĂ©nĂ©trer dans celui oĂč se cachait la cocaĂŻne, situĂ© sur le mĂȘme quai. Ensuite, le trio a rĂ©cupĂ©rĂ© les sacs de stupĂ©fiants et a sautĂ© dans le troisiĂšme conteneur, par lequel il devait normalement quitter le port âsans se faire pincer.
Alexis M. est enlevĂ© par trois ravisseurs qui lui tirent une balle dans la jambe. Puis, le 9 janvier, veille de lâopĂ©ration, trois personnes reviennent lui poser la main sur lâĂ©paule alors quâil fume tranquillement une chicha dans un jardin public
Les trois hommes ne se connaissent pas. Lâun dâeux est originaire de Troyes, dans lâAube. Un autre vient de la mĂȘme ville, mais rĂ©side Ă Beauvais. Quant au troisiĂšme, il est le rĂ©gional de lâĂ©tape, habitant du quartier des Neiges, Ăźlot historique des dockers du Havre situĂ© Ă quelques encablures du port. Ils se sont retrouvĂ©s la veille, avec la mĂȘme feuille de route: rendez-vous sur le parking de la âbulle bleueâ, le surnom visiblement donnĂ© au stade OcĂ©ane, qui accueille notamment les matchs du HAC, le club de foot de la ville. Au petit matin, ils ont donc grimpĂ© dans un conteneur vide transportĂ© par un complice, Mouhamadou S., chauffeur routier en Seine-Maritime qui, ce jour-lĂ , a intentionnellement âoubliĂ©â de sâenregistrer Ă la borne lors de son entrĂ©e dans le port. Au sein du trio, la personne originaire du Havre, Alexis M., nâavait pas vraiment eu le choix de participer Ă ce coup montĂ©. Câest du moins ce quâil a expliquĂ© lors de son interrogatoire. Un peu moins dâun an auparavant, on lui avait proposĂ© 1 000, puis 2 000 euros pour dĂ©charger un conteneur. Il avait pris lâargent et le tĂ©lĂ©phone fourni par le commanditaire avant de changer dâavis et de cesser de rĂ©pondre aux sollicitations. Un silence qui lui avait valu un sĂ©rieux coup de pression: Alexis M. avait fini kidnappĂ© par trois ravisseurs qui lui avaient tirĂ© une balle dans la jambe. Puis, le 9 janvier 2022, veille de lâopĂ©ration, trois personnes sont revenues lui poser la main sur lâĂ©paule alors quâil fumait tranquillement une chicha dans un jardin public. Elles lui ont rappelĂ© sa dette, le carottage des 1 000 euros, la balle dans la jambe, et ont ajoutĂ© quâelles allaient sâen prendre Ă ses proches, sans sous-entendu: âOn va aller chez ta mĂšre.â Alors Alexis M. sâest montrĂ© coopĂ©ratif. Les donneurs dâordre lui ont livrĂ© les instructions suivantes pour lâopĂ©ration du lendemain: âTu vas sentir que tu seras dans les airs, et puis une fois au sol, tu sors et le conteneur sera en face.â Alexis M dit quâil a eu peur.
Il nâest pas le seul. Quentin D., le docker, a aussi Ă©tĂ© menacĂ©. Ils ont dâabord approchĂ© son pĂšre, lui aussi employĂ© du port. Une nuit de novembre 2021 oĂč celui-ci rentrait du travail, des inconnus ont posĂ© leurs conditions sans dĂ©tours. Soit son fils travaillait pour eux, soit ils brĂ»laient sa maison et lui mettaient une balle entre les deux yeux. Ils nâavaient pas spĂ©cialement ciblĂ© le profil habituel des dockers en situation de vulnĂ©rabilitĂ© sociale, quâils abordent dâhabitude au comptoir des bars du Havre alors quâils sont en train de sâĂ©pancher sur leurs difficultĂ©s Ă rembourser leur crĂ©dit de maison ou de voiture. Quentin D. gagne correctement sa vie (environ 3 000 euros par mois), et malgrĂ© une dette de 1 600 euros au TrĂ©sor public ainsi quâune addiction Ă lâalcool et aux jeux dâargent (ce qui lui coĂ»te environ 100 euros par jour), il ne se considĂšre pas comme pris Ă la gorge financiĂšrement. AprĂšs trois ou quatre coups de pression, il finit par accepter de âtravailler pour euxâ. On lui promet 100 000 euros sâil bouge les bons conteneurs âdâun point A Ă un point Bâ. Pour rĂ©ussir sa mission, on lui demande dâabord de se rendre dans un appartement de lâavenue RenĂ©-Coty, au Havre, qui sert de base arriĂšre au groupe de trafiquants. On lui remet aussi un iPhone pour pouvoir communiquer avec un certain âIutaâ, lequel lui fait une promesse: âTu le fais une fois et câest fini.â Quentin D. nây croit pas, il sait bien que âcela ne sâarrĂȘte jamaisâ. Comme tous les travailleurs du port du Havre, il est hantĂ© par le fantĂŽme dâAllan Affagard, un docker de 39 ans enlevĂ©, sĂ©questrĂ© et retrouvĂ© mort en juin 2020 sur le parking dâune Ă©cole de Montivilliers, au nord de lâagglomĂ©ration havraise. Ce dĂ©lĂ©guĂ© CGT avait Ă©tĂ© impliquĂ© dans la saisie dâune tonne de cocaĂŻne et mis en examen en 2018. LaissĂ© libre sous contrĂŽle judiciaire, il Ă©tait allĂ© porter plainte aprĂšs avoir reçu une sĂ©rie de menaces. Sa mort a provoquĂ© un traumatisme chez les dockers, qui en ont tirĂ© une sinistre leçon: parler augmente le risque dâĂȘtre Ă©liminĂ©. âAffagard est allĂ© voir la police et cela nâa rien changĂ©. Quant aux syndicats, câest un sujet tabou [pour eux]â, rĂ©sumera Quentin D. en audition.
LâannĂ©e derniĂšre, 84,3 tonnes de cocaĂŻne ont Ă©tĂ© saisies en France, contre 53,5 en 2024, soit une hausse de 58%, avec le port du Havre en principale porte dâentrĂ©e. MalgrĂ© cette flambĂ©e et en dĂ©pit du drame qui a coĂ»tĂ© la vie Ă Allan Affagard, le port normand nâest pas devenu un théùtre de violences comme lâavait prĂ©dit un procureur il y a quelques annĂ©es. âIl disait que Le Havre allait devenir Chicago, se rappelle ValĂ©rie Giard, avocate au barreau de la ville. On a pas mal de dossiers, je ne vais pas minimiser que ça arrive par tonnes, mais ça se passe plutĂŽt pas mal.â Lâabsence relative de violences autour du contrĂŽle du port signifie-t-elle que les rĂ©seaux dâimportation ont suffisamment de latitude pour ne pas entrer en concurrence? âSâil nây a pas de violences, câest que les gens qui contrĂŽlent les arrivĂ©es ont trouvĂ© le point dâĂ©quilibre entre la crainte quâils inspirent et la violence quâils utilisent rĂ©ellementâ, analyse Jacques Croly, chef du pĂŽle opĂ©rationnel Ă lâOffice anti-stupĂ©fiants (Ofast). Lâobservation des autres ports vĂ©rolĂ©s par le trafic de cocaĂŻne montre que cet Ă©quilibre reste prĂ©caire. Ă lâimage de Guayaquil, en Ăquateur, devenu depuis quelques annĂ©es le théùtre sanglant dâune guerre entre sous-traitants de cartels pour le contrĂŽle des routes dâexportation. âOn a formĂ© trois personnes pour travailler sur le scanner du port, elles ont Ă©tĂ© identifiĂ©es et assassinĂ©es en quelques joursâ, se dĂ©sole Vincent Jacquemart, prĂ©sident dâIrena, groupe spĂ©cialisĂ© dans la sĂ»retĂ© terrestre et maritime.
Le conteneur dans lequel les douaniers du Havre ont dĂ©couvert 99,5 kilos de cocaĂŻne avait quittĂ© le port de Saint-Vincent-et-les-Grenadines dĂ©but dĂ©cembre, puis avait fait escale Ă Kingston, en JamaĂŻque, avant de charger un fret de dĂ©mĂ©nagement Ă Fort-de-France, en Martinique, et de mettre le cap vers Le Havre. La trajectoire typique dâune ânarco-cargaisonâ. âBeaucoup de notre came vient dâAmĂ©rique du Sud et opĂšre un rebond dans les Antilles françaises, câest notre route principale, dĂ©taille Jacques Croly. La force des trafiquants, câest de sâĂȘtre parfaitement intĂ©grĂ©s dans ces flux. Si on cherche Ă les contrĂŽler entiĂšrement, on paralyse lâĂ©conomie mondiale, qui est sous la menace dâune embolisation. Câest pour ça quâon saisit plus au Havre, câest le premier port français, câest un goulet dâĂ©tranglement, pas un conteneur nâarrive dans un port secondaire français sans passer par Le Havre.â Dans le port normand comme ailleurs, la bascule vers la professionnalisation du trafic sâest opĂ©rĂ©e au mitan des annĂ©es 2010. Cette rĂ©volution ressemble en tous points Ă celle de lâĂ©conomie lĂ©gale, avec la captation de secteurs entiers par des plateformes. âLe marchĂ© de la cocaĂŻne fonctionne aujourdâhui exactement comme Airbnb, estime Gabriel Feltran, sociologue du crime et enseignant Ă Sciences Po. Câest ce quâon appelle la âplateformisationâ du marchĂ© des grossistes. Quelques acteurs ont dĂ©sormais tous les contacts, de la production Ă la distribution. La drogue leur appartient et ils payent les prestataires.â La compĂ©tence acquise en termes de logistique correspond aussi Ă un changement dans le profil des trafiquants, dĂ©sormais trĂšs Ă©loignĂ© de lâimage des âjefesâ Ă lâancienne, du type Pablo Escobar ou JoaquĂn GuzmĂĄn dit âEl Chapoâ. Pour Jacques Croly, âce ne sont pas des groupes criminels, ce sont des individus, des commerçants qui ont recours Ă des prestataires. On nâa pas dâorganisation pyramidale avec un chef et des sous-chefs, on est sur quelque chose de beaucoup plus gazeux, avec des intĂ©rĂȘts communs et une alliance oĂč sâagrĂšgent des compĂ©tences de maniĂšre ponctuelle.â Le principal artisan de cette mĂ©tamorphose serait le Primeiro Comando da Capital (Premier commandement de la capitale, PCC), une organisation criminelle brĂ©silienne devenue la grande gagnante de cette ubĂ©risation du trafic. âPour eux, le plus important, câest la forme. Ils ne sont pas du tout dans le contrĂŽle dâun territoire, juge Gabriel Feltran au sujet du groupe mafieux nĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1990 dans les prisons de lâĂtat de SĂŁo Paulo. Ătre prĂ©sent Ă chaque maillon de la chaĂźne est la chose la plus importante. Il nây a pas de personnalisation du pouvoir qui va se concentrer sur une personne, une famille ou un clan, parce que câest une faiblesse. Si le chef tombe avec sa compĂ©tence, tout sâĂ©croule, câest comme la chute dâun empire.â La cocaĂŻne est donc un secteur Ă©conomique qui ressemble dĂ©sormais Ă un sablier, avec beaucoup dâacteurs en haut (la production) et en bas (la vente), mais contrĂŽlĂ© par une poignĂ©e de protagonistes au milieu. âPlus on est au centre du sablier, plus on est avec des acteurs qui sont dans lâĂ©conomie formelle, des logisticiens qui sont dans lâĂ©conomie lĂ©gale. Et comme un an de trafic suffit Ă acquĂ©rir des sommes qui permettent dâacheter des navires ou des hĂ©licos, ils deviennent incontournablesâ, note encore Feltran, qui ose une comparaison: âCela ressemble au capitalisme du Parti communiste chinois, avec une Ă©conomie trĂšs planifiĂ©e au centre et trĂšs prĂ©caire aux marges.â
âCe ne sont plus des groupes criminels, mais des commerçants qui ont recours Ă des prestatairesâ
Jacques Croly, de lâOfast
Au bout de la chaĂźne, se retrouvent ceux qui sont payĂ©s pour sortir la cocaĂŻne du flux lĂ©gal du transport maritime sur les quais du Havre, de Dunkerque ou dâAnvers. âCeux quâon appelle les kamikazesâ, ironise Jacques Croly, et qui perpĂ©tuent, quelque part, une tradition de contrebande propre Ă tous les ports internationaux. âAu Havre, pendant longtemps, on avait des dĂ©linquants classiques et bas de gamme qui avaient leur entrĂ©e sur le port. Parce que câĂ©tait la place historique de la ripaille, de la camaraderie. Faire sortir un conteneur de drogue, ce nâest pas diffĂ©rent de faire sortir un conteneur de champagne ou de parfum, sauf que les enjeux ont Ă©tĂ© dĂ©multipliĂ©s. Avec la cocaĂŻne, câest 60 ou 100 000 euros pour le mĂȘme geste anodin, alors vous allez trouver plus de volontairesâ, estime lâofficier de lâOfast. Ă la lecture des derniers dossiers dâimportation de cocaĂŻne par le port du Havre, on retrouve souvent les mĂȘmes profils: le prolĂ©tariat du trafic, les mĂȘmes qui charbonnent sur les points de deal, interchangeables, aux perspectives de carriĂšre souvent limitĂ©es Ă quelques jours ou quelques coups. Une implication dâopportunitĂ©s saisies au grĂ© des rencontres et des âbillets de quelques milliers dâeurosâ promis en complĂ©ment des menaces et des coups de pression assĂ©nĂ©s par les recruteurs. âQuand jâai commencĂ© Ă mettre le nez lĂ -dedans, ce qui mâa fascinĂ©e, câest Ă la fois lâextrĂȘme complexitĂ© et la professionnalisation de la logistique au dĂ©part et, paradoxalement, lâamateurisme et lâimprovisation de la rĂ©ception en bout de chaĂźne, confirme ValĂ©rie Giard. Au dĂ©part, il y a des appels dâoffres, des nĂ©gociations sur le prix, sur les Ă©quipes via Telegram, câest trĂšs pro. En parallĂšle, Ă lâarrivĂ©e, une logistique qui peut ĂȘtre trĂšs contrainte parce que limitĂ©e dans le temps ; souvent, lâappel dâoffres est lancĂ© alors que le bateau est dĂ©jĂ parti. Câest de lâintĂ©rim dâurgence, donc ça merde.â âSâil y a appel dâoffres, câest que la situation est presque dĂ©sespĂ©rĂ©e, rebondit Jacques Croly. Normalement, quand vous avez de grosses quantitĂ©s importĂ©es, câest un conglomĂ©rat dâinvestisseurs qui amĂšne chacun de lâargent et une compĂ©tence, un maillon Ă la chaĂźne du trafic. Sâils en sont Ă solliciter quelquâun alors que la cargaison arrive, câest que ça sâest mal passĂ©.â
Les sept personnes interpellĂ©es sur le port le 10 janvier 2022, auxquelles se sont ajoutĂ©es deux autres impliquĂ©es dans le recrutement de complices, ont Ă©tĂ© jugĂ©es en mai dernier par le tribunal judiciaire de Lille. En lâabsence des commanditaires, la cour a vu dĂ©filer les habituels derniers maillons de la chaĂźne logistique: les tĂȘtes brĂ»lĂ©es qui sont allĂ©es chercher les pains de drogue dans le conteneur, les agents dâassistance logistique normande qui les ont fait entrer et sortir du port, et les coordinateurs de lâopĂ©ration dont un certain Kevin A., Ă©galement originaire de Troyes. La clique a sĂ»rement Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e puisque, le 8 janvier, la police obtenait un renseignement âsur une Ă©quipe de lâest de la France qui cherchait Ă recruter des dockersâ. Lâamateurisme de lâaventure se juge aussi Ă la quantitĂ© prĂ©levĂ©e. En comparaison des tonnes saisies habituellement au Havre, les 99,5 kilos ressemblent Ă une paille. NĂ©anmoins, ce genre dâaffaires rĂ©solues et les rĂ©seaux dĂ©mantelĂ©s offrent une fenĂȘtre avec vue sur ceux que Gabriel Feltran nomme âles perdants du marchĂ©â: âJâai vu plusieurs trafiquants dĂ©noncer Ă la police des concurrents, des gens qui essayent de sâagrĂ©ger au marchĂ©, dĂšs quâils leur avaient vendu la drogue. Câest un moyen facile de les Ă©liminer.â Des perdants qui finissent souvent en dĂ©tention pendant que les affaires des gagnants continuent de prospĂ©rer. âSâils veulent ĂȘtre sĂ»rs de ne pas se faire barboter leurs deux tonnes de cocaĂŻne, ils font appel Ă quatre ou cinq minables pour faire 200 kilos et ils vont les balancer, rĂ©sume ValĂ©rie Giard. Les douanes leur sautent dessus et derriĂšre, le camion de deux tonnes passe tranquillement. Les gars qui se sont fait pincer pensent quâils nâont pas eu de chance. Moi, je leur dis souvent: âNon, vous vous ĂȘtes fait vendre le cul, les gars.â Câest mĂ©chant, mais câest bien fait!â â TOUS PROPOS RECUEILLIS PAR JB
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TempĂȘte de blanche sur Le Havre